Nouvel accord sur la pandémie : l’industrie pharmaceutique gagne, les pays en développement perdent

In Plaidoyer mondial, À la une à l'échelle mondiale, Actualités par Brian Shepherd

À l'approche de la dernière réunion de l'Organe intergouvernemental de négociation (OIN) de l'Accord de l'Organisation mondiale de la santé (OMS) relatif à la pandémie, AIDS Healthcare Foundation et la Institut mondial de santé publique AHF expriment de sérieuses inquiétudes concernant le 16 avril 2024Proposition d'accord de l'OMS sur la pandémie.

Cette dernière version du texte, considérablement édulcorée au cours des négociations, est truffée de platitudes, pauvre en obligations et dénuée de toute responsabilité. Victime d'une politique au rabais à Genève, ce texte n'a plus la force nécessaire pour concrétiser l'équité et atteindre ses objectifs.

Nous exprimons notre profonde inquiétude face au fait que les pays développés aient défendu avec véhémence les intérêts privés des entreprises pharmaceutiques au détriment de l'intérêt commun d'assurer une sécurité sanitaire mondiale durable et équitable. Ce mépris a été constaté dans le compromis proposé pour le Système d'accès aux agents pathogènes et de partage des avantages (PABS) de l'OMS, que… La revue Lancet a qualifié cette situation non seulement de « honteuse, injuste et inéquitable », mais aussi d’« ignorante ».

Selon les termes actuels du PABS, seulement 20 % des produits de santé liés à une pandémie sont garantis à l'OMS en cas de pandémie. Comme le souligne The Lancet, un tel accord laisserait de fait 80 % des vaccins, traitements et diagnostics essentiels « à la merci de la ruée internationale observée lors de la COVID-19 ». De plus, ces produits de santé liés à une pandémie sont désormais mis à disposition uniquement en cas de pandémie plutôt que lors de la déclaration d'urgences de santé publique de portée internationale, comme proposé précédemmentEn outre, nous estimons que les contributions financières monétaires au PABS ne devraient pas être « administrées par l’OMS », mais plutôt être dirigées vers les mécanismes de financement de la santé mondiale existants, selon des modalités convenues avant la conclusion des négociations.

N’avons-nous donc rien appris de la pandémie de COVID-19 ?

Bien que les coprésidents, les vice-présidents et certains délégués de l'INB aient sans aucun doute travaillé avec diligence pour parvenir à un accord, un fait demeure : l'équité ne pourra être mise en œuvre sans mécanismes efficaces de responsabilisation et d'application.

Malgré les avertissements des experts techniquesL'INB a systématiquement échoué à intégrer des dispositions concrètes en matière de responsabilité et d'application de la loi. Dans la proposition actuelle, le libellé de l'article 8 concernant Suivi de l'état de préparation et examens fonctionnels a été réduit à néant ; Article 19, Mise en œuvre et support, ne contient aucune obligation de rapport ou de vérification ; les mécanismes précédemment proposés pour un comité de responsabilité ont été supprimés au lieu d'être renforcés, et le texte va maintenant de l'avant sans aucun moyen efficace de vérification rapide et précise du respect des obligations par les parties.

Les appels à des mécanismes de responsabilisation solides dans l'accord relatif à la pandémie sont nombreux, mais n'ont pas été entendus. Ils ont été lancés par… Assemblée générale des Nations Unies et d'importantes organisations internationales, notamment Conseil mondial de surveillance de la préparation (GPMB) et le Panel indépendant pour la préparation et la réponse aux pandémies (IPPPR). Outre le GPMB et l'IPPPR, le Panel pour une convention mondiale de santé publique et Conseillers de la rue Spark ont également souligné le besoin crucial d'un contrôle indépendant.

Le absence de toute forme de surveillance indépendante est préoccupant car l'expérience pratique et avérée confirme que Le recours exclusif aux mécanismes d'autodéclaration des États ne fonctionne pas.Oui, au lieu d'apprendre des retards généralisés et auto-déclaration incomplète L’expérience du Règlement sanitaire international (RSI), l’accord sur la pandémie favorise on reproduit les mêmes pratiques qui ont compromis la sécurité sanitaire mondiale par le passéPour garantir son objectivité et son efficacité, l'accord devrait, à tout le moins, envisager la création d'un organe de surveillance indépendant. « Politiquement, financièrement, techniquement et opérationnellement indépendante de l’OMS et des donateurs. »

Outre la surveillance, la responsabilisation exige également un cadre d'application clair, assorti d'incitations et de sanctions pour favoriser le respect des règles. Les deux principaux traités relevant de l'autorité de l'OMS – la Convention-cadre pour la lutte antitabac et le Règlement sanitaire international (RSI) – sont décrits dans la littérature comme « minée par une conformité incomplète. »  Le non-respect du RSI, par exemple, « a contribué à faire de la COVID-19 une pandémie mondiale prolongée. »

La question de la conformité a toutefois été largement ignorée par toutes les parties et passée sous silence tout au long des négociations. Cela se reflète dans le texte actuel, qui ne mentionne pas le mot la conformité même une seule fois. À cette fin, nous faisons écho le préoccupations du Panel pour une Convention mondiale de la santé publique que l'idée d'un comité de conformité et de mise en œuvre n'aurait pas dû être supprimée du texte.

Nous soutenons également L'évaluation du groupe d'experts Il est essentiel qu'une Conférence des Parties (CdP) indépendante et autonome soit mise en place, car les pandémies ne constituent pas seulement un problème de santé publique, mais une « priorité sociétale et gouvernementale » qui exige une mobilisation de l'ensemble des pouvoirs publics et de la société civile. Nous sommes donc préoccupés par les modifications apportées au texte proposé, qui prévoient désormais que l'OMS assure le secrétariat de l'intégralité de l'accord, et qui compromettent l'indépendance de la CdP. Par ailleurs, nous ne savons pas clairement comment cet accord garantira les ressources financières nécessaires à la réalisation de ses objectifs.

À cette fin, nous insistons sur le fait que les États membres doivent s’engager à fournir les financements nécessaires à la mise en place d’une architecture de prévention, de préparation et de riposte aux pandémies adaptée aux besoins, en tenant compte des mécanismes de financement de la santé mondiale existants. « L’une des principales lacunes du RSI réside dans le manque de précision de ses exigences en matière de collaboration entre les États, notamment pour la mobilisation des financements », et « sans critères de référence, formules ou autres précisions », ces exigences « n’ont guère de portée ». Or, les mêmes erreurs se reproduisent, en particulier par l’absence d’engagements financiers contraignants dans le texte même de l’accord. De plus, la suppression, à l’article 20, de la disposition relative à l’élaboration d’une stratégie de mise en œuvre financière quinquennale constitue un recul.

Nous soulignons également que le texte actuel ne permet pas d'associer efficacement la société civile et les autres acteurs non gouvernementaux. La seule mention de la société civile, à l'article 17, est immédiatement suivie d'une mise en garde concernant les conflits d'intérêts potentiels, comme si ces conflits ne surgissaient que lorsque la société civile est impliquée. Malgré leur contribution essentielle pendant la pandémie de COVID-19 et de nombreuses crises sanitaires antérieures, la voix de la société civile demeure marginalisée dans les processus décisionnels de l'OMS, les négociations de l'accord relatif à la pandémie et sa mise en œuvre. Pour remédier à cette situation, il serait judicieux d'intégrer pleinement la société civile au sein de la Conférence des Parties afin de garantir sa participation effective.

Dans la dernière ligne droite des négociations, les pays feraient bien de se souvenir du chemin parcouru, des objectifs de cet accord sur la pandémie et, surtout, des conséquences d'un échec. L'accaparement des biens essentiels de santé publique et les politiques qui laissent le profit des entreprises primer sur la vie humaine ne doivent plus être tolérés. Nous exhortons donc les délégués à tenir compte des avertissements des experts et à corriger les failles critiques du texte proposé. Des poignées de main sans conviction à Genève n'empêcheront ni une nouvelle catastrophe sanitaire mondiale, ni les conflits entre pays lors de la prochaine pandémie.

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