LOS ANGELES – (BUSINESS WIRE) – L’AIDS Healthcare Foundation (AHF) a exprimé aujourd’hui sa déception face à la décision de la Conférence ministérielle de l’Organisation mondiale du commerce, qui n’a pas permis de traiter concrètement les obstacles liés aux droits de propriété intellectuelle à l’accès aux vaccins contre la COVID-19 dans les pays en développement. Ce qui a été salué par certains pays riches comme un compromis décisif pourrait bien n’être qu’un écran de fumée masquant un manque de volonté politique pour lutter contre les inégalités mondiales en matière de santé, après deux années de négociations infructueuses.
« Nous saluons les efforts inlassables de la Directrice générale Ngozi Okonjo-Iweala pour parvenir à un compromis acceptable sur les brevets. Elle a maintenu cette question cruciale au cœur des priorités de l'OMC, malgré de nombreuses autres priorités. Malheureusement, la décision finale des ministres de l'OMC est bien loin de la proposition initiale de l'Inde et de l'Afrique du Sud, qui visait à accélérer la production de vaccins génériques contre la COVID-19 », a déclaré Michael Weinstein, président de l'AHF. « Hormis quelques exceptions complexes et alambiquées dans la décision ministérielle – auxquelles peu de pays pourront prétendre ou qu'ils risqueront d'invoquer –, les inégalités en matière d'accès aux soins de santé à l'échelle mondiale resteront fondamentalement inchangées et dépendront des monopoles des brevets pharmaceutiques. »
Les pays confrontés à la pénurie de vaccins, de tests de diagnostic et de traitements contre la COVID-19 auront beaucoup de mal à appliquer concrètement les dispositions de cette décision. En effet, celle-ci n'a pas permis de résoudre le principal obstacle à la production de vaccins génériques : le manque d'accès au savoir-faire nécessaire à leur fabrication, notamment en matière de protéines spécifiques, de cultures cellulaires et de nanotechnologies.
Ces composants constituent des secrets commerciaux détenus par les entreprises pharmaceutiques. Sans eux, il est impossible de produire dans un délai raisonnable une nouvelle génération de vaccins biosimilaires hautement efficaces, même en s'appuyant sur un modèle théorique breveté. La décision ministérielle portait exclusivement sur les brevets ; les transferts de technologie en étaient donc exclus.
De plus, les pays éligibles ne peuvent invoquer les dispositions de la décision que pendant cinq ans, et celles-ci ne s'appliquent qu'aux brevets sur les vaccins, même si, à ce stade de la pandémie, le besoin de traitement devient sans doute plus important.
La décision stipule que, dans un délai de six mois, les membres de l'OMC examineront la possibilité d'étendre cette politique aux diagnostics et aux traitements. Toutefois, les critères d'admissibilité eux-mêmes limitent l'utilité pratique de cette décision pour les pays en développement, dont beaucoup ne disposent pas des capacités nécessaires à une production nationale de vaccins à grande échelle.
Certains détracteurs de cette décision ont fait valoir qu'elle constitue en réalité un recul par rapport au statu quo en vigueur concernant les flexibilités de l'Accord sur les ADPIC, car elle a introduit une multitude de paramètres et de contraintes minimes susceptibles de créer un précédent défavorable à l'esprit de l'Accord sur les ADPIC – à savoir, accorder aux pays le droit et les protections juridiques d'ignorer les brevets en cas d'urgence dans l'intérêt de la santé publique.
Après une longue lutte à l'OMC, une chose est claire : le plaidoyer pour donner la priorité à la vie des gens plutôt qu'aux profits des entreprises est loin d'être terminé pour la société civile et les citoyens concernés du monde entier.












