Aujourd'hui, la Fondation pour les soins de santé contre le sida a envoyé un lettre ouverte Une lettre ouverte a été adressée au Premier ministre néerlandais, Mark Rutte, l'exhortant à intervenir auprès du Secrétaire général de l'ONU et à le presser de mettre fin à la crise de direction qui perdure à ONUSIDA en limogeant son directeur exécutif, Michel Sidibé. Les Pays-Bas sont le troisième donateur d'ONUSIDA et accueilleront cette année la Conférence internationale sur le sida 2018, fin juillet. Le texte intégral de la lettre est reproduit ci-dessous :
Le 7 juin 2018
Son Excellence, le Premier ministre Mark Rutte
Le Royaume des Pays-Bas
Ministère des Affaires générales
Binnenhof 19, La Haye
Copie conforme : Ministre des Affaires étrangères, Stef Blok
Objet : Intégrité et changement de leadership à l'ONUSIDA
Monsieur le Premier ministre,
Nous appelons les Pays-Bas, troisième donateur du Programme commun des Nations Unies sur le VIH/sida (ONUSIDA), à exhorter le Secrétaire général de l'ONU, António Guterres, à prendre des mesures face au scandale en cours à l'ONUSIDA concernant la mauvaise gestion des allégations de harcèlement et d'abus sexuels par son directeur exécutif, Michel Sidibé.
Depuis plus de dix ans, le siège mondial de l'AIDS Healthcare Foundation (AHF) est situé à Amsterdam. Aujourd'hui, l'AHF est la plus grande organisation mondiale de lutte contre le sida ; elle accompagne plus de 911 000 personnes grâce à des soins et des services et est présente dans 39 pays, dont les Pays-Bas. Afin de protéger et de rétablir l'intégrité d'ONUSIDA – une organisation censée être un chef de file dans la lutte contre le VIH/sida – nous vous exhortons à exiger la démission de Michel Sidibé, compte tenu de sa conduite inacceptable.
Comme vous le savez peut-être, de nombreux articles ont été publiés par The Guardian, CNN, The Lancet, Al-Jazira, The Independent , Daily Mail et d'autres sur la façon dont M. Sidibé a mal géré les allégations de harcèlement sexuel visant son ancien adjoint, Luiz Loures, en tentant d'étouffer l'affaire et en entravant l'enquête qui a suivi. Il a également tenté d'influencer Martina Brostrom, une cadre supérieure d'ONUSIDA et cible du harcèlement du Dr Loures, en lui offrant une promotion en échange de l'abandon des poursuites. De plus, M. Sidibé lanceurs d'alerte menacés lors d'une réunion du personnel d'ONUSIDA contre le fait de dénoncer de futurs abus.
Suite à la médiatisation accrue du scandale lié à l'ONUSIDA, M. Sidibé a tenté de faire pression sur la société civile en recueillant des lettres de soutien, notamment auprès d'organisations de femmes. Nos propres responsables de la Fondation AHF en Chine, en Inde, en Ouganda et dans d'autres pays ont reçu de nombreux appels et subi des pressions de la part des bureaux locaux de l'ONUSIDA et/ou des gouvernements, au nom de l'ONU, concernant cette affaire. Ceci est inacceptable pour un programme des Nations Unies qui prétend avoir pour mandat de protéger les droits des femmes et des filles dans le cadre de sa stratégie mondiale de lutte contre le VIH/SIDA.
La coûteuse campagne de relations publiques orchestrée par M. Sidibé pour gérer la crise n'a que trop duré. Ces fonds devraient servir à soutenir les programmes de santé publique, et non à financer les efforts vains de M. Sidibé pour se maintenir au pouvoir le plus longtemps possible. Malheureusement, le Secrétaire général n'a pris aucune mesure à ce jour et M. Sidibé refuse de démissionner.
Monsieur le Premier ministre, votre bilan est sans équivoque : vous soutenez l’égalité pour tous. Les Pays-Bas, pays hôte de la prochaine Conférence internationale sur le sida, occupent une position unique pour jouer un rôle moteur sur cette question. Il ne saurait y avoir d’égalité au sein d’ONUSIDA tant que ses employées ne sont pas encouragées à signaler les agressions sexuelles et constatent l’impunité des auteurs de ces actes.
Nous espérons que vous adopterez une position de principe et démontrerez que les Pays-Bas ne toléreront pas l'abus de pouvoir dont a fait preuve M. Sidibé. La crédibilité d'ONUSIDA sera davantage compromise et la crise continuera de détourner l'attention de la lutte mondiale contre le sida jusqu'à la démission de M. Sidibé de son poste de directeur exécutif.
Sincères salutations,
Mme Zoya Shabarova
Chef du bureau Europe de l'AHF
et
Monsieur Michael Weinstein
Président de l'AHF












